C’est bon, la honte.

C

Il y a quelques semaines, je prenais le TGV pour Paris.

Il faut savoir que s’offrir deux heures de train à ne rien foutre quand on vit avec un enfant de deux ans et demi, c’est l’équivalent d’une cure vitalité à la vigne rouge aux Sources de Caudalie. En moins coûteux, évidemment. Quoique. Bref, la perspective d’avoir deux heures de recueillement avec moi-même me met en totale joie. Emplie d’allégresse et de cookies double chocolat, je m’installe à ma place et sors mon ordinateur pour binge-watcher une de mes séries du moment qui n’a rien d’une rétrospective de Tartovski. Et à ce moment bien précis, LA question me tombe dessus. Tel un couperet sur José Garcia. J’ai une culture cinématographique à faire pâlir « Jean-Marc Lalanne des Inrocks ».

PEUT-ON REGARDER « RIVERDALE » DANS UN TGV, EN PREMIÈRE CLASSE DE SURCROÎT ?

« Riverdale » c’est le cocktail 100% gluten et chantilly made in US qui fout les ados en transe (et pas que apparemment) enrobé d’un scénario grotesque mêlant un père-tueur cagoulé, des gangsters en carton qui se torchent au panach’, des lycéens qui s’envoient en l’air avec soutiens-gorge et rangs de perles ou encore des trafics de drogues menés par un roi Gargouille.
C’est lourd, c’est gras, c’est délicieux. Un peu comme les rillettes finalement. Et ça a tué Luke Perry, j’en suis sûre. Mais c’est une autre histoire.

Bref, je me retrouve devant mon écran, hésitante. Dois-je faire semblant, moi aussi, de remplir des grilles Excel comme 87% des cols blancs qui m’entourent dans ce wagon ? Ou puis-je me vautrer pleinement dans ma honte, si voluptueuse et accueillante ? Je choisis l’appel à un ami qui me hurle par sms (ce début de phrase n’a pas de sens) de faire un bon gros doigt au qu’en-dira-t-on. Il ne prend jamais le train je crois. Va pour le doigt. Les débuts ne sont pas très simples. J’ai positionné mon écran de sorte que et mon voisin de gauche et les mateurs de derrière ne puissent comprendre réellement ce qui se déroule sous mes yeux. Donc la lumière extérieure floute l’image. Tant pis j’ai le son. Et je vérifie environ toutes les 15 secondes que mon jack est bien branché pour ne faire profiter personne des dialogues de haute-volée type « Un été ça peut tout changer » ou « La plupart du temps, les gens qu’on aime ne nous aiment pas en retour. Roméo et Juliette sont l’exception, pas la règle ». Prends-toi ça David Lynch.

À coups de 15 secondes, je me rends compte que l’on dépasse Maisons-Alfort, que je suis complètement avachie sur mon siège le pied sur le rebord de la fenêtre, que j’ai piqué l’accoudoir à mon compagnon de voyage et que j’ai mon écharpe décorée de miettes de cookies.

Comme quoi, la honte, c’est un peu comme les surimis, c’est hyper jouissif quand on arrive à faire abstraction du regard dégoûté des autres. De quoi donner des idées non ?

A propos de Frida

Frida

Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

Par Frida

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Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

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