Comment vivre sans Jim Harrison ?

C

J’étais à Marseille le week-end dernier. Les calanques, le soleil, la mer et le poisson grillé me donnaient mille idées déconnantes pour ma chronique. J’allais parler de sardine, de savon au pastis, de lectures honteuses de plage, du poids des romans sur ses seins lorsque l’on lit sur le dos, sur les mots fléchés puissance 4… Poilant quoi.

Jim Harrison est mort. Et j’ai comme une folle envie de tripes et de Chinon.

Mais la nouvelle est tombée dimanche en fin d’après-midi pendant que j’attaquais mon huitième cookie double chocolat (une fringale passagère). Jim Harrison est mort. Impossible d’avaler ma bouchée sablée, coincée dans ma gorge par les larmes. Jim Harrison est mort. Dans la foulée, mon amoureux ajoute qu’Alain Decaux a disparu, lui aussi.  Je ne vois pas le rapport, je me fous totalement des panneaux publicitaires urbains (l’émotion m’a fait confondre avec JC Decaux. Bref.) Jim Harrison est mort. Je suis totalement désemparée donc je me jette sur mon frère (l’intello qui lisait Spinoza à 15 ans – cf La mode a-t-elle kidnappé la littérature ?) qui me répond laconiquement « Ah, encore ». Quoi « encore » ?  Mais il n’est jamais mort, trop occupé à écrire des monuments littéraires, à manger du fromage de tête au p’tit-dej, à descendre des quantités d’alcool à faire pâlir tous les dionysiens, à reluquer les culs des jeunes filles, à célébrer la nature et à tuer des serpents à sonnette. Je comprends rapidement que mon frère n’est pas un intello. Il a confondu avec Jim Morrisson. Doublement effondrée.

Jim Harrison est mort. Et je me sens orpheline. Parce qu’il est mort un crayon dans la main, écrivant un poème. Parce qu’il créait toujours et apaisait ma vie à chaque nouveau roman. Parce que sa carrure de grizzly cachait un homme d’une folle sensibilité. Parce que sa colère contre une Amérique violente et sa fascination pour le peuple indien me poussaient à mieux réfléchir au monde qui nous entoure. Parce que je le rêvais en grand-père mi-bougon, mi-fantasque m’entraînant à travers son Montana, m’invitant à comprendre cette nature si sauvage que nous ne connaissons pas ici, m’initiant très jeune aux plaisirs des vins et de la bonne chère.

Jim Harrison est mort. Son traducteur, Brice Matthieussent, bosse sur son dernier ouvrage et a l’impression de le « tuer une seconde fois ». J’estime qu’il nous fait un ultime présent, celui de donner un souffle de vie à « Big Jim » une dernière fois avant de le laisser définitivement partir. Je saurai apprendre à l’aimer avec nostalgie. A lui rendre hommage en lisant et relisant ses œuvres. A glisser ses bouquins dans la bibliothèque de ma fille. A ne plus fantasmer sur Brad Pitt dans l’adaptation ratée de « Légendes d’automne ».

Jim Harrison est mort. Et j’ai comme une folle envie de tripes et de Chinon. Merci d’avoir rendu la tête de veau sexy vieux borgne. 

A propos de Frida

Frida

Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

Par Frida

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Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

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