La mode a-t-elle kidnappé la littérature ?

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J’ai grandi entourée d’hommes. Trois frères et un père. Un grand frère brillant. Intello. Qui lisait Spinoza à 15 ans pendant que je faisais des tests de personnalité dans Jeune & Jolie et découpais des images des Spice Girls pour les ranger dans mes classeurs. J’ai donc longtemps été cataloguée comme la sœur futile et peu réfléchie. Pourtant je lisais. Certes, pas de philo au petit-déj clope roulée au bec mais je lisais. Beaucoup. Mais mes lubies d’ado annulaient instantanément, à ses yeux, mon amour pour la littérature. En clair, la légèreté ne pouvait être compatible avec la connaissance et le savoir. Je suis devenue femme avec cette dualité en moi. Etre capable de péter mon prêt à la conso dans des chaussures ET passer ma vie en librairie ? Difficile à conjuguer dans mon esprit. Et peut-être/sûrement dans celui de la société. Ma fascination pour la mode ne me permettait donc que de disserter du dernier épisode des Ch’tis à Mykonos ?

Une question me taraude : suis-je assez lookée pour bouquiner ?

Mais c’était sans compter l’apparition d’un phénomène étrange. Le livre a quitté les bibliothèques poussiéreuses, n’a plus été le monopole des célibataires à chats, n’a plus été le sujet soporifique de dîners. Le livre est devenu roi de la stratosphère fashion. Il squatte par millier la boutique de St Germain des Près de Sonia Rykiel, il a poussé Karl Lagerfeld à ouvrir sa propre librairie dans le 7è arrondissement de Paris, il se transforme en minaudière brodée chez Olympia Le-Tan, il sort d’une malle Vuitton sous forme de nouvelles inédites signées par onze écrivains et éditées par Gallimard, il a inspiré le romancier Nicolas Rey qui a accouché de trois nouvelles érotiques pour la marque de lingerie RougeGorge.

Et ça m’angoisse en fait. Parce que même si je trouve plutôt drôle que les gourous de la mode se posent en Prix Nobel de la littérature, une question me taraude : suis-je assez lookée pour bouquiner ?

A propos de Frida

Frida

Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

Par Frida

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Je m’appelle Frédérique (ou Frida) et je suis productrice de contenu rédactionnel.

J’ai lancé mon activité freelance en 2014 après avoir été consultante en relations presse – relations publics au sein d’agences de communication à Lyon, Paris et Genève.

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